Festival Momix 2019

1er février 2019 à 13h03

CERISE FM

Le Festival international du Jeune Public à Kingersheim programme une cinquantaine de spectacles pour tous les âges du 31 janvier au 10 février. Philippe Schlienger, son directeur, revient sur tout ce qui fait le sel de Momix.

On a l’impression que la voilure a encore été augmentée pour cette 28e édition avec une cinquantaine de spectacles ?

Depuis deux/trois ans, on sent un engouement de tous les lieux culturels pour la programmation du jeune public. Ils souhaitent profiter de la dynamique de Momix et on s’en réjouit.

Momix fait un focus sur la création étrangère et cette année sur l’Allemagne. C’était une évidence pour vous de regarder ce qui se passe chez nos voisins ?

Il y a un vrai intérêt de la part des compagnies ou des institutions de focaliser le regard sur un pays ou une région. Après la Catalogne, la Belgique flamande, on a eu l’idée de regarder ce qu’il se passe de l’autre côté du Rhin car ce sont nos proches voisins. On a choisi des compagnies qui sont dans la veine de Momix, avec une esthétique forte autour de l’image, du corps, de l’expression contemporaine et des spectacles compréhensibles sans connaître la langue, susceptibles d’être programmés dans d’autres régions de France. Ce sont majoritairement des spectacles originaux, avec une dimension visuelle forte, comme « Ombres électriques » où l’on est sur du théâtre d’objets, « The Basement », de la danse contemporaine et musique actuelle, « Face à Face » qui mélange vidéo et théâtre.

Sur la forme, on peut retrouver une compagnie qui utilise de l’argile, matériau connu depuis la nuit des temps, aux dernières technologies numériques. C’est tout ça, Momix ?

Oui, on est un festival organique, même quand il y a de la vidéo. Le numérique n’est pas un décor ou un accessoire supplémentaire. Ce qui est intéressant, c’est comment les images sont exploitées, comment elles s’interpénètrent avec les acteurs et les musiciens. Il y a aussi des productions où la matière naturelle est présente au plateau, comme dans « Cosa » qui déverse je ne sais combien de m3 de bois sur le plateau pour une performance improbable qui pose la question de l’acte artistique, étonnante et détonante. J’aime bien proposer des spectacles curieux.

Cette année, on note beaucoup de spectacles autour de l’exil et des migrants. Ces sujets d’actualité, aussi cruels soient-ils, ont toute leur place dans un festival jeune public ?

Il y a toujours eu cette nécessité pour les artistes de raconter des histoires souvent tirées d’une réalité sociale. Ce qui est intéressant pour le public, c’est de vivre une expérience artistique qui va les interroger avec beaucoup de sensibilité sur l’exil, les conflits, la peur, etc. sans énoncer des certitudes. Le spectacle vivant peut apporter de la nuance, de l’intelligence, parce qu’il nous met à la place des protagonistes, remonte aux origines du problème, ou donne plusieurs points de vue pour comprendre le monde. Le spectacle a vraiment une dimension apaisante parce qu’il permet de mettre une distanciation : c’est quelque chose qui nourrit, qui construit, sans attiser les conflits.

Il y a un thème immuable qui revient chaque année : le délicat passage à l’adolescence. Une nécessité selon vous ?

Il y a beaucoup d’études sur l’adolescence : à quel âge ça commence ? Comment on la définit ? Quels contradictions et paradoxes existent-ils dans ce temps-là qui est la perte de l’enfance sans encore avoir un statut d’adulte ? C’est une période porteuse d’une grande énergie. Ces dernières années, les artistes se sont emparés de cette période de la vie en racontant des choses particulièrement ambiguës, drôles ou engagées. On aura par exemple le spectacle « Kevin », histoire d’une jeune qui va basculer dans le fondamentalisme de Daesh. On aura «J’ai écrit une chanson pour MacGyver » sur la figure des héros qui sont souvent les mêmes : beaux, courageux, conquérants... et qui peuvent être puissants à cette période où l’on se raccroche à des idéaux. Ces spectacles concernent les ados mais aussi les pré-ados qui se projettent déjà et les parents qui ont le sentiment de ne pas bien les connaître.

Votre public se renouvelle très vite par définition : est-ce que vous faites attention aux nouveaux usages, nouveaux comportements  ?

On est plutôt sensible aux nouvelles productions de jeunes musiciens, auteurs, metteurs en scène, qui ont de nouvelles écritures, de nouvelles approches, mais elles ne doivent pas être hermétiques. L’essentiel est que chaque enfant, chaque adulte, trouve une source de plaisir et d’épanouissement en venant aux spectacles. 
È: Propos recueillis par Sandrine Bavard en décembre 2018

Renseignements :

Horaires :

Du Jeudi 31 Janvier 2019 au Dimanche 10 Février 2019

Tarifs :